Samedi 30 Mai 2026
Salle des Fêtes de Plancoët
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L’exercice du Yoga
Un Acte Poétique ?
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Bienvenue à tous ! Merci de votre présence sous les auspices de notre Association « Le Yoga Plancoëtin » déclarée (pour rappel) le 26 septembre 2012, puis active dès le mois de janvier 2013. Abstraction faite des années Covid, nous honorons ce 30 mai 2026 le 12ème stage annuel offert, dans la forme accoutumée, à tous les adhérents de l’association. Notre formule « stage annuel » a évolué depuis la dernière édition 2025 avec la participation de Maël Ettori, musicien-compositeur et plus que cela… L’an dernier nous avions choisi comme thème de réflexion « L’Humanisme de l’Antiquité à nos jours », un contenu toujours accessible sur notre Site Web « Armor Yoga ».
Avant de poursuivre, quelques civilités d’usage s’imposent à l’endroit de Maël, mon accompagnateur musical, et de son épouse Marie-Hélène Ettori, écrivaine et traductrice. Tous deux sont résidents Plancoëtins. Tous deux ont vécu en Inde, à Auroville, ville située dans le territoire de l’union de Pondichéry. Auroville, littéralement, « la cité de l’Aurore », un lieu prédestiné où Hommes et Femmes apprendraient à vivre en Paix dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités.
Marie-Hélène et Maël furent les témoins d’une prodigieuse « révolution-évolution » dans le domaine du Yoga, une odyssée de la Pensée inspirée par un éminent personnage inclassable, « philosophe », écrivain et poète. J’ai nommé Sri Aurobindo.
Nul doute, un jour prochain, à l’occasion d’un stage exceptionnel, Maël et Marie-Hélène viendront nous raconter, mieux nous « conter » cette fabuleuse aventure de l’esprit humain aux frontières qui séparent le connu de l’inconnu.
Qui était Sri Aurobindo ? Qui était sa compagne Mirra surnommée Mère ? Et qui était Satprem ? Tenez-vous bien ! Un breton né à Paris en 1923, rue Giordano Bruno, un détail topographique loin d’être anodin. Mais ce n’est pas le thème du jour. Je souligne au passage que Maël et Marie-Hélène s’investissent chaque jour, corps et âme, au sein de « L’Institut de Recherches Evolutives » dédié à la publication et à la diffusion de l’œuvre de Sri Aurobindo.
Mea culpa, j’ai omis de me présenter ! Gabriel Plessis, secrétaire et animateur de l’association « Le Yoga Plancoëtin », orateur ou conférencier dans les grandes occasions… D’autre part, je me réjouis de retrouver parmi nous, Madame Marie Pierre Charbonnier, notre Présidente, éloignée de ladite association, de longs mois durant pour des motifs de santé, et tout particulièrement cette année en raison du décès de son époux. Courage et force d’âme Marie-Pierre dans cette épreuve…
Madame Jeannine Demay, membre du Bureau, Maël et votre serviteur ainsi que Monsieur Yves Auclerc (Dinan Reprographie), avons mis tous les atouts de notre côté pour vous offrir un après-midi agréable hors des sentiers battus. Enfin, nous remercions la Mairie de Plancoët d’avoir mis à notre disposition « La Salle des Fêtes de Plancoët ».
Cette année, à l’affiche :
« L’exercice du Yoga… un acte poétique ? »
Commençons par une définition du Yoga sous la plume d’Anne-Marie Esnoul (1908-1996), une bretonne - décidemment ! - née et décédée à Saint-Malo, indianiste, directrice honoraire à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, section Langues orientales. Je cite :
« Et maintenant voici l’exposé du yoga. Le Yoga est le contrôle des activités fluctuantes de la pensée. »
A dire le vrai, cette citation n’est autre que l’un des premiers aphorismes des Yoga-Sutras de Patanjali. Qui était Patanjali ? Un grammairien, un algébriste, un médecin-yogi, un philosophe et un astronome. Patanjali est le fondateur-codificateur, il y a plus de vingt siècles, d’un système codifié sous le générique « Ashtanga Yoga ».
Poussons plus loin la définition du vocable « yoga » après avoir brisé sa coque. Le mot YOGA, dans son étymologie, signifie « atteler ». Il est dérivé de la racine sanskrite « YUJ » (Yuj) puis s’est latinisé en « JUGUM » (Yougoum), se transformant ensuite en « JOUG » selon la langue française et que l’on retrouve enfin dans le verbe « TO YOKE » en anglais.
Nous voici donc en présence d’une notion agraire d’attelage ou d’une action d’ajuster un joug sur l’échine de deux bovins dont la fonction est de traîner un véhicule ou une charrue d’où « Halasana », la « posture de la Charrue » référencée dans le corpus postural du Hatha-Yoga. Le terme yoga implique, par conséquent, la notion d’un acte physique ferme et déterminé en vue de réguler des forces soit contraires ou concurrentes voire inemployées ou inorganisées.
Au vrai, sur notre planète, des millions d’individus pratiquent le Yoga sans le savoir. A partir du moment où nous appliquons chaque jour de notre vie, une discipline physique et mentale structurelle, une organisation souple et efficace de nos tâches quotidiennes, l’écoute et le respect d’autrui, la tolérance de même que l’observance « Ahimsa », terme sanskrit signifiant « non-violence », tout cela participe de l’éthique du Yoga. Mais ce n’est pas tout.
Tous les marins bretons et tous les peuples de la mer utilisent les nœuds dont 7 sont importants à connaitre. Je pense en particulier au « noeud de Huit », un noeud d’arrêt que l’on retrouve dans l’Ashtanga Yoga de Patanjali. En sanskrit, « Ashta » signifie Huit. Le symbolisme du chiffre 8 est imposant. Si ce chiffre, renversé, évoque le symbole de l’infini (∞), ce n’est pas pour rien ! D’un côté, le 8 représente la justice et la vérité, de l’autre, le pouvoir et la force d’entreprendre. Par définition, faire un nœud consiste à unir fermement la « faiblesse » et la « Force » en s’appuyant sur le double principe de résistance et de non résistance. C’est un art et cela s’appelle « Yoga ».
En témoignent les écrits du Professeur Paul Lévy, ethnologue, directeur de l’Ecole Française d’Extrême-Orient de 1946 à 1949. Paul Lévy s’est savamment penché sur la civilisation protohistorique du Bassin de l’Indus, notamment sur les pratiques des yogis de cette époque lointaine.
Ses découvertes sont surprenantes et inestimables en particulier sur l’origine des postures de Yoga et sur l’art de faire et défaire des nœuds avec son corps, ses jambes, ses bras (les asanas), également faire des boucles avec les doigts des mains, des gestuelles répertoriées dans la catégorie des « mudras ». Soulignons également que les « nœuds » qui forment une chaîne ont une valeur symbolique puissante et universelle. C’est la « chaîne d’union », celle de la Fraternité qui unit Hommes et Femmes au sein de la seule et unique Humanité.
Est-ce à dire, de ce qui précède, que le Yoga serait une religion primitive ? Oui et Non ! Tout dépend de ce que l’on met dans le sac du mot religion. Assurément, le yoga est religieux mais au sens de religare, c’est-à-dire « relier, attacher ». Entre « religio» au sens confessionnel et « religare » selon l’acception physique et métaphysique, il y a deux poids deux mesures…
C’est pourquoi, le Yoga commence par la jonction des mains, geste auspicieux de reconnaissance désigné, nous venons de le voir, sous le vocable sanskrit « mudra ». Il existe de nombreuses variantes de mudras dont le « Pranamudra » qui rend hommage à l’énergie universelle présente dans la moindre parcelle du Vivant. Je cède la place à un écrivain autrichien, Gustav Meyrink (1868-1932), qui écrit dans l’un de ses ouvrages « Le Dominicain blanc » :…
« Quand les paumes des mains se touchent, la dextre de l’homme appliquée sur la gauche referme une chaîne. Ainsi tout le corps est solidement lié, et au bout des doigts relevés monte une flamme… Tel est le secret de la prière, qui ne se trouve écrit dans un aucun livre. » (Fin de citation)
Ce secret, d’une manière implicite, laisse entrevoir une « action poétique » subjacente que l’on retrouve chez Héraclite d’Ephèse sous l’apophtegme suivant :
« Quand les contraires s’accordent,
la discordance crée la plus belle harmonie. »
La thématique de cette conférence-musicale, ainsi que nous le verrons en seconde partie, c’est notre Soleil, mieux notre étoile. Selon l’éthique du Yoga, chaque matin au lever ou au début d’une séance, nous nous devons de saluer le Soleil et, pour ce faire, nous disposons d’un magnifique enchaînement physique dont la réputation est universelle : « La Salutation au Soleil », en sanskrit « Suryanamaskar », Surya signifiant Soleil et le fait de prononcer ce substantif sanskrit est déjà une invite au sourire.
Connaissez-vous l’âge de notre soleil à l’aune du 3ème millénaire et de l’ère du Verseau ? Ma question est une provocation. Oubliez l’ère précessionnelle du Verseau laquelle réapparait tous les 26 000 ans environ. Une broutille insignifiante ! Il faut en finir une bonne fois pour toutes avec le mythe de « l’éternel retour ». Cela dit, pour donner un ordre de grandeur, le Soleil est âgé d’environ 4 milliards 603 millions d’années avec des variations allant jusqu’à 300 millions d’années ce qui justifie ainsi ma provocation.
Notre étoile, dans le temps présent, est dans sa plénitude comme un être humain à peine dans sa quarantaine. Mais dans 5 milliards d’années environ, elle aura épuisé tout son carburant nucléaire. Sur Terre, la vie s’éteindra plus tôt autour de 2 milliards et 800 millions d’années. Si l’homme ne commet pas l’impensable, la Vie poursuivra son inventivité toutes espèces vivantes confondues. Finalement, l’Homme ne serait qu’un « être de transition ». C’est pourquoi, nous devons respecter notre étoile à l’exemple des grandes civilisations du Soleil, égyptienne, mésopotamienne, indienne, amérindienne, précolombienne issues de civilisations encore plus anciennes et perdues dans la nuit des temps.
Plus près de nous, respecter également les travaux de vaillants astronomes, anciens et modernes, n’oublions jamais la Prudence de Nicolas Copernic, le supplice sur le bûcher de Giordano Bruno et le piège tendu à Galilée au point de renier son œuvre.
Revenons à notre Salutation au Soleil dont les mouvements régulateurs des bras, des mains, du thorax, de la tête, des jambes se développent et s’animent autour du Plexus solaire situé en profondeur du creux de l’épigastre sous la pointe du sternum. Le Plexus solaire est notre soleil intérieur, le centre de gravité de nos mouvements, de nos émotions, de nos idéations…
Juste en passant, il me plaît de citer Jacob Böhme, un théosophe alchimiste allemand de la Renaissance :
« Le Soleil extérieur a soif du Soleil intérieur »
Vous avez bien entendu ! Là, c’est du lourd ! A la vérité, cette phrase de Jacob Böhme contient en son essence toute la profondeur de la quête de Sri Aurobindo et de Mère et que je résumerai poétiquement :
« Va où nul n’est allé, cria la voix,
Creuse plus profond, plus encore,
Dans la fange et la boue
Jusqu’à la Pierre inexorable, au fond
Et frappe à la porte sans clef… »
(Fin de citation)
Sri Aurobindo
« Le Labeur d’un Dieu »
Maël, te voilà prévenu ! Tu viendras à ma place, je prendrai ta guitare (ce n’est pas gagné d’avance) et tu nous parleras de la légende du « Martanda védique », c’est-à-dire la quête du « Soleil caché dans l’Obscurité… »
Faire le lien entre Yoga et Poésie, c’est se tourner vers Louise Ackermann, une poétesse française née en 1813, décédée en 1890, contemporaine de Gérard de Nerval (1808-1855), d’Arthur Rimbaud (1854-1891) et un peu plus tard de Guillaume Apollinaire (1880-1918). Un siècle marqué par d’augustes poètes dont le talent se fond dans le génie. Je cite :
« Le Poète a d’abord été un initiateur ;
aujourd’hui il n’est plus qu’un écho. »
L’écho ? L’écho de qui, l’écho de quoi ? L’écho, c’est la résonance mémorielle, poétique et vibratoire qui s’est étendue, à minima, sur environ 27 siècles concernant le monde grec avec ses tragédiens antiques : Echyle (-525), Sophocle (-495), Euripide (-485). Toutefois, celui qui nous intéresse au tout premier plan, c’est Héraclite d’Ephèse (- 500) surnommé « l’Obscur » par son contemporain Socrate, probablement en raison de sa pensée absconse, ardue à interpréter. En effet, Héraclite, de son vivant, est porteur d’un écho encore plus lointain dont la source remonte à l’Inde proto-dravidienne de même à la Chine d’avant Confucius, une période protohistorique estimée à 3500 ans avant l’ère chrétienne.
Sur le versant chinois, mentionnons Lao-Tseu, fondateur du Taoïsme, lui aussi contemporain d’Héraclite. La parenté de Pensée entre ces deux immenses philosophes est percutante. Lao-Tseu affirmait :
« Tous ont des certitudes,
moi seul reste dans l’obscurité. »
L’explication de cette « obscurité », poétiquement récurente, nous est fournie par Edgar Morin :
« Le mot élucider devient dangereux si l’on croit que l’on peut faire en toutes choses toute la lumière. C’est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l’ombre. » (Fin de citation)
Maintenant, je me dois de vous parler de l’année 1872 auréolée du nombre 9 et de son multiple radical, le 3. 3×9 = 27, (2 +7) = 9. Nous voici revenus à l’école primaire… Détrompez- vous ! Derrière les chiffres et les nombres se cache de doctes philosophes doublés d’envoûtantes poétesses. Le nombre 9 est le plus beau, le plus grand, le plus sublime d’entre tous les nombres. Il suffit de penser, ne serait-ce qu’un instant, aux Neuf muses qui présidaient sur l’Olympe : Clio à l’Histoire, Euterpe à la Musique, Thalie à la Comédie, Melpomène à la Tragédie, Terpsichore à la Danse, Érato au Chœur lyrique, Polymnie à la Poésie, Uranie à l’Astronomie, enfin Calliope à l’Épopée.
Revenons à l’année 1872. Je suppose que vous connaissez la « Table Arithmosophique » de Pythagore. Disposons sur cette Table le nombre 1872 en additionnant les chiffres 1+8+7+2. Nous obtenons la somme de 18 d’où le « 9 » par réduction arithmosophique. Multipliez maintenant le nombre 1872 par 3, vous obtenez ainsi le produit 5616. Addition : 18. Réduction : 9. Enfin après division du produit 5616 par 9, on obtient le quotient 624 dont la somme des chiffres est 12 (1+2) = 3, radix du nombre 9… Cela étant, comme disait Raymond Devos, « rien c’est rien », mais si vous achetez quelque chose pour « 3 fois rien », c’est pas rien, c’est déjà quelque chose. Et si vous multipliez « 3 fois rien » par 3, ça fait « rien de neuf », néanmoins si vous voulez du « neuf », eh bien là, il vous faudra mettre le prix…
Revenons aux choses sérieuses. Que s’est-il réellement passé en cette année 1872 ? Sri Aurobindo naquit le 15 août 1872 à Calcutta. A l’âge de sept ans, son père l’envoie en Angleterre faire ses études à l’Université de Cambridge où il séjournera de 1879 à 1893. Doté d’une intelligence précoce, ce jeune garçon absorbe l’essentiel de la Culture occidentale, de la Grèce antique aux travaux de Charles Darwin portant sur l’évolution et l’adaptation des espèces, ainsi que sur les conceptions philosophiques de Spinoza. Après ses études, âgé de 21 ans, Aurobindo retourne en Inde, commence à étudier les grandes traditions de son pays avant de militer pour l’indépendance.
Notons maintenant, en cette année 1872, une singulière coïncidence de l’ordre de « la thèse et de l’antithèse » doublement incarnée. En effet, le 8 octobre 1872, naquit à Shirley, dans le Derbyshire en Angleterre, John Cowper Powys qui se fera connaître plus tard en tant que poète, essayiste et philosophe. A l’instar d’Aurobindo, Powys fit ses études à Cambridge. Leur différence d’âge était donc de deux mois à peine et la convergence de leur œuvre est réellement fascinante. Question : ces deux étudiants se sont-ils croisés à Cambridge ?
Je voudrais souligner le point commun qui unit ces deux personnages. Powys et Aurobindo sont animés par la même force, la même sensibilité vibratoire partageant ainsi le même esprit infra-sensible d’un côté et suprasensible de l’autre. Tous deux ont ressenti dans les profondeurs de la « Chair » les ressorts cachés de la vie en mouvement perpétuel. Powys porte son regard vers l’immémorial, les origines de la Vie (minéral, végétal, animal), vers l’infra-humain, vers l’homme avant l’homme… Sri Aurobindo projette sa Pensée en avant, vers le supra-humain, mieux le supramental, vers l’homme après l’homme quand ce dernier « aura fini de jouer tous les rôles » selon la formule d’Arthur Rimbaud.
A ma connaissance, peu ou prou d’historiens ont tiré les leçons de ces deux révélations aux accents paléo-phylogénétiques, poétiques et mystiques.
Enfin, 1872… c’est aussi l’année de la « saison en enfer » et des « Illuminations » du Poète Arthur Rimbaud. La boucle est bouclée dans la Lumière du nombre « 9 ».
Un jour, Sri Aurobindo fut questionné sur ses préférences marquées pour quelque auteur occidental. Le maître de Pondichéry répondit :
Héraclite d’Ephèse – Arthur Rimbaud – Herbert Spencer
Herbert Spencer, né le 27 avril 1820, est un philosophe et sociologue britannique qui formula le principe du Darwinisme social. Son nom est donc associé aux travaux de son contemporain prédécesseur Charles Darwin. Dans la mesure où Sri Aurobindo évoque Spencer, il aurait pu, subséquemment, mentionner le philosophe écrivain poète John Cowper Powys dont l’œuvre n’est pas étrangère à la théorie darwinienne.
Brièvement, je vous propose un synoptique concernant les liens de Pensée entre les auteurs évoqués.
« L’univers est d’une étoffe plus changeante qu’on ne le croit. »
(John Cowper Powys)
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« Rien n’est permanent, sauf le changement. »
(Héraclite)
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« Le changement supramental est décidé et inévitable dans l’évolution et la conscience terrestre ; car cette conscience n’a pas terminé son ascension, et le mental n’est pas son sommet final. Mais pour que le changement arrive, prenne forme et dure, il faut qu’il y ait l’appel d’en bas avec une volonté de reconnaître et non de repousser la Lumière quand elle vient. »
(Sri Aurobindo)
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Concluons ce premier volet de cette conférence musicale avec cette belle phrase de Giordano Bruno qui associe la Muse avec les arts et les sciences :
« Là où se voit la Lyre à neuf cordes paraît la mère des Muses avec ses neuf filles : Arithmétique, Géométrie, Musique, Logique, Poésie, Astrologie, Physique, Métaphysique, Ethique.”
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2ème Partie
Arthur Rimbaud
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Un O.P.N.I (Objet Poétique Non Identifié) traversant le ciel de « la pensée invincible » dans la seconde moitié du XIXème siècle. Un passage fulgurant pareil à celui d’une comète sortie tout droit du nuage d’Oort et laissant les « assis » de la Bien-pensance cloués sur leur rond de cuir… Un « génie » » étrange et qui dérange ! A vingt ans, tout est écrit, tout est dit ! Le poème « Soleil et Chair » constitue l’étoffe de la seconde partie de cette conférence musicale, je me dois d’abord de l’introduire, d’en définir les contours.
Achevé le 29 avril 1870, « Soleil et Chair » précède les Illuminations (1872) et la « saison en enfer ». Le poème (cent soixante-neuf vers) se présente doublement comme un hymne à la Vie et à l’Amour où le poète – âgé de seize ans - se fait voyant au sens védique du terme. Au reste, la construction de l’oeuvre révèle une curieuse concordance entre les deux périodes majeures de la Pensée classique de l’Inde.
D’abord la période des Védas (- 2000 à – 600 AEC) caractérisée par la joie, l’insouciance, l’amour et les célébrations de la vie multiforme… Ensuite, la période des Upanishads (- 600 à + 1300 Vedanta et Advaïta Vedanta inclus) : la joie cède la place au doute comme la tradition orale à l’écriture. Aussi la pensée s’orthodoxise dans des doctrines et des opinions considérées comme vraies, droites et immuables.
En outre ce poème, d’une modernité stupéfiante, contient une vision pénétrante de l’étoffe-même de la nature et de l’univers poussant ainsi le lecteur vers une « mise au sens cosmique ». Soleil et Chair, c’est aussi une immense fresque poétique richement peuplée de charmantes créatures mythologiques. Par ailleurs et sur le versant occidental, le poète pointe du doigt le fossé occupé par les religions monothéistes, entre la pensée présocratique voire néoplatonicienne et celle du positivisme des temps nouveaux.
Depuis une quarentaine d’années, ce joyau poétique constitue ma « prière » de vie. En 2010, l’idée me vint de réserver à « Soleil et Chair » un diaporama composé de six épisodes… En 2026, par un heureux hasard, Maël Ettori m’offre la chance de réaliser enfin mon vœu d’hier, celui de réciter publiquement ce joyau poétique.
Pour conclure ce prologue, le plus beau regard, à la fois lucide et foudroyant, porté sur ce poème « Soleil et Chair », est celui de Jacques Prévert :
« Si l’on avait commençé à compter les premiers siècles depuis Eros et Vénus, eh bien, on n’en serait pas là aujourd’hui. »
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Soleil et Chair
Un Hymne à la Vie…
Un Hymne à l’Amour…
Arthur Rimbaud
(1870)
Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l’amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang ;
Que son immense sein, soulevé par une âme,
Est d’amour comme Dieu, de chair comme la femme,
Et qu’il renferme, gros de sève et de rayons,
Le grand fourmillement de tous les embryons !
Et tout croît, et tout monte !
– Ô Vénus, ô Déesse !
Je regrette les temps de l’antique jeunesse,
Des satyres lascifs, des faunes animaux,
Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des rameaux
Et dans les nénufars baisaient la Nymphe blonde !
Je regrette les temps où la sève du monde,
L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
Dans les veines de Pan mettaient un univers !
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre ;
Où, baisant mollement le clair syrinx, sa lèvre
Modulait sous le ciel le grand hymne d’amour ;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la Nature vivante ;
Où les arbres muets, berçant l’oiseau qui chante,
La terre berçant l’homme, et tout l’Océan bleu
Et tous les animaux aimaient, aimaient en Dieu !
Je regrette les temps de la grande Cybèle
Qu’on disait parcourir, gigantesquement belle,
Sur un grand char d’airain, les splendides cités ;
Son double sein versait dans les immensités
Le pur ruissellement de la vie infinie.
L’Homme suçait, heureux, sa mamelle bénie,
Comme un petit enfant, jouant sur ses genoux.
– Parce qu’il était fort, l’Homme était chaste et doux.
Misère ! Maintenant il dit : Je sais les choses,
Et va, les yeux fermés et les oreilles closes.
Et pourtant, plus de dieux ! Plus de dieux ! l’Homme est Roi,
L’Homme est Dieu ! Mais l’Amour, voilà la grande Foi !
Oh ! si l’homme puisait encore à ta mamelle,
Grande mère des dieux et des hommes, Cybèle ;
S’il n’avait pas laissé l’immortelle Astarté
Qui jadis, émergeant dans l’immense clarté
Des flots bleus, fleur de chair que la vague parfume,
Montra son nombril rose où vint neiger l’écume,
Et fit chanter, Déesse aux grands yeux noirs vainqueurs,
Le rossignol aux bois et l’amour dans les coeurs !
Je crois en toi ! Je crois en toi ! Divine mère,
Aphrodite marine ! – Oh ! la route est amère
Depuis que l’autre Dieu nous attelle à sa croix ;
Chair, Marbre, Fleur, Vénus, c’est en toi que je crois !
– Oui, l’Homme est triste et laid, triste sous le ciel vaste.
Il a des vêtements, parce qu’il n’est plus chaste,
Parce qu’il a sali son fier buste de dieu,
Et qu’il a rabougri, comme une idole au feu,
Son cors Olympien aux servitudes sales !
Oui, même après la mort, dans les squelettes pâles
Il veut vivre, insultant la première beauté !
Et l’Idole où tu mis tant de virginité,
Où tu divinisas notre argile, la Femme,
Afin que l’Homme pût éclairer sa pauvre âme
Et monter lentement, dans un immense amour,
De la prison terrestre à la beauté du jour,
La Femme ne sait plus même être courtisane !
– C’est une bonne farce ! Et le monde ricane
Au nom doux et sacré de la grande Vénus !
Si les temps revenaient, les temps qui sont venus !
– Car l’Homme a fini ! L’Homme a joué tous les rôles !
Au grand jour, fatigué de briser des idoles,
Il ressuscitera, libre de tous ses Dieux,
Et, comme il est du ciel, il scrutera les cieux !
L’Idéal, la pensée invincible, éternelle,
Tout ; le dieu qui vit, sous son argile charnelle,
Montera, montera, brûlera sous son front !
Et quand tu le verras sonder tout l’horizon,
Contempteur des vieux jougs, libre de toute crainte,
Tu viendras lui donner la Rédemption sainte !
Splendide, radieuse, au sein des grandes mers
Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers
L’Amour infini dans un infini sourire !
Le Monde vibrera comme une immense lyre
Dans le frémissement d’un immense baiser !
Le Monde a soif d’amour : tu viendras l’apaiser.
Ô ! L’Homme a relevé sa tête libre et fière !
Et le rayon soudain de la beauté première
Fait palpiter le dieu dans l’autel de la chair !
Heureux du bien présent, pâle du mal souffert,
L’Homme veut tout sonder, – et savoir ! La Pensée,
La cavale longtemps, si longtemps oppressée
S’élance de son front ! Elle saura Pourquoi !…
Qu’elle bondisse libre, et l’Homme aura la Foi !
Pourquoi l’azur muet et l’espace insondable ?
Pourquoi les astres d’or fourmillant comme un sable ?
Si l’on montait toujours, que verrait-on là-haut ?
Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau
De mondes cheminant dans l’horreur de l’espace ?
Et tous ces mondes-là, que l’éther vaste embrasse,
Vibrent-ils aux accents d’une éternelle voix ?
Et l’Homme, peut-il voir ? Peut-il dire : Je crois ?
La voix de la pensée est-elle plus qu’un rêve ?
Si l’homme naît si tôt, si la vie est si brève,
D’où vient-il ? Sombre-t-il dans l’Océan profond
Des Germes, des Foetus, des Embryons, au fond
De l’immense Creuset d’où la Mère-Nature
Le ressuscitera, vivante créature,
Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ?…
Nous ne pouvons savoir ! – Nous sommes accablés
D’un manteau d’ignorance et d’étroites chimères !
Singes d’hommes tombés de la vulve des mères,
Notre pâle raison nous cache l’infini !
Nous voulons regarder : – le Doute nous punit !
Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile…
Et l’horizon s’enfuit d’une fuite éternelle !…
Le grand ciel est ouvert ! Les mystères sont morts
Devant l’Homme, debout, qui croise ses bras forts
Dans l’immense splendeur de la riche nature !
Il chante… et le bois chante, et le fleuve murmure
Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !…
C’est la Rédemption ! C’est l’amour ! C’est l’amour !…
Ô splendeur de la chair ! ô splendeur idéale !
Ô renouveau d’amour, aurore triomphale
Où, courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,
Kallipyge la blanche et le petit Éros
Effleureront, couverts de la neige des roses,
Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses !
Ô grande Ariadné, qui jettes tes sanglots
Sur la rive, en voyant fuir là-bas sur les flots,
Blanche sous le soleil, la voile de Thésée,
Ô douce vierge enfant qu’une nuit a brisée,
Tais-toi ! Sur son char d’or brodé de noirs raisins,
Lysios, promené dans les champs Phrygiens
Par les tigres lascifs et les panthères rousses,
Le long des fleuves bleus rougit les sombres mousses.
Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant
Le corps nu d’Europé, qui jette son bras blanc
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague.
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ;
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur,
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure
De son écume d’or fleurit sa chevelure.
Entre le laurier-rose et le lotus jaseur
Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur
Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ;
Et tandis que Cypris passe, étrangement belle,
Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins,
Étale fièrement l’or de ses larges seins
Et son ventre neigeux brodé de mousse noire.
Héraclès, le Dompteur, qui, comme d’une gloire,
Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion,
S’avance, front terrible et doux, à l’horizon !
Par la lune d’été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre où la mousse s’étoile,
La Dryade regarde au ciel silencieux…
La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon…
La Source pleure au loin dans une longue extase…
C’est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
Une brise d’amour dans la nuit a passé,
Et, dans les bois sacrés, dans l’horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres Marbres,
Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
Les Dieux écoutent l’Homme et le Monde infini !
Arthur Rimbaud
29 avril 1870
Ω
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Crédits Vidéos
Soleil & Chair
Episode 1
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Episode 2
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Episode 3
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Episode 4
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Episode 5
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Episode 6
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Bonjour. Je viens vous remercier pour le stage du samedi 30 mai à Plancoët, de même pour la conférence très érudite que vous nous avez offerte. Je souligne en passant votre grande générosité, merci également au musicien… fantastique ! Je vous adresse quelques photos prises sur le vif. Monique de Bourseul.
Après avoir été informé que notre Ami Gabriel travaillait depuis quelques mois en vue d’une conférence, j’étais impatient d’en connaître le thème et le détail selon la forme accoutumée. En commençant la lecture du rendu, peu de temps après l’événement, je compris que j’allais découvrir un paysage merveilleux. En effet, le narratif du tracé semblait m’indiquer un chemin s’orientant vers la lumière.
Confronter l’œuvre de Sri Aurobindo et celle de John Cowper Powys relève d’une audace susceptible d’être interprétée comme insolente. Il n’en est rien ! Le conférencier nous gratifie d’une démonstration magistrale en dialectisant les « deux cordes » voire les « deux bouts » tendant l’un vers l’autre aux asymptotes de la courbe infinie de l’évolution. Un tour de force infra et suprahumain qui nous hisse fermement au-dessus de notre « pâle raison » et de nos « étroites chimères ». Evidemment, ce qui précède se voit renforcé par le magnifique poème d’Arthur Rimbaud.
Depuis, je médite regrettant d’être éloigné du public Plancoëtin pour partager de tels moments de pur bonheur dans la Connaissance.
Merci Gabriel de nous inviter à réfléchir et à travailler sur l’avenir de notre condition humaine. Pierre de Paris